27.12.2007
Jouer avec Nicomède
Jouer avec Nicomède
de Pierre Corneille
Du 15 janvier au 17 février 2008
Au Théâtre de La Tempête
Cartoucherie, Route du Champ de manœuvre – 75012 Paris
Réservations au 01 43 28 36 36
Du mardi au samedi 11H30-13h et 14h-18h
Du 13 au 21 mars 2008
A La Comédie de Reims – 51000 Reims
Réservations au 03 26 48 49 00
Mise en scène ......................... Brigitte Jaques-Wajeman
Collaboration artistique ............ François Regnault
.............................................. Jacqueline Lichtenstein
Scénographie et lumières ......... Yves Collet
Musique .................................. Marc-Olivier Dupin
Costumes ................................ Annie Melza Tiburce
Maquillages et coiffures ............ Catherine Saint-Sever
Assistant à la mise en scène ..... Pascal Bekkar
Assistants stagiaires ................ Thomas Bouvet
.............................................. Alice Zeniter
Comédiens :
NICOMEDE .................... Bertrand Suarez-Pazos
ARSINOE ...................... Sophie Daull
PRUSIAS ...................... Pierre-Stéfan Montagnier
FLAMINIUS ................... Pascal Bekkar
CLEONE ........................ Agnès Proust
ARASPE ....................... Marc Siemiatycki
ATTALE ........................ Thibault Perrenoud
LAODICE ...................... Raphaèle Bouchard
Production :
Comédie de Reims-CDN, Compagnie Pandora et Théâtre de la Tempête.
Avec la participation du Jeune Théâtre National.
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Un entretien autour de «Jouer avec Nicomède » et du Corneille colonial
François Regnault : Tu clôtures ton cycle intitulé « Corneille colonial »*, commencé voici quelque vingt-cinq ans avec La Mort de Pompée et qui se termine en janvier 2008 au Théâtre de la Tempête avec Nicomède**.
Brigitte Jaques-Wajeman : Après ma lecture des grandes pièces de Corneille, exaltées, héroïques, avec souvent une conclusion heureuse – Horace, Cinna – j’ai découvert un certain nombre de pièces où se fait jour un certain détachement de l’auteur ainsi qu’une vision moins optimiste de l’exercice du pouvoir dont il aperçoit désormais la corruption. La Mort de Pompée, en effet, montre une Egypte qui sacrifie Pompée, l’ennemi principal de César, et, au fond, le doute plane sur l’auteur de ce meurtre. César joue-t-il l’homme blessé par cette mort, ou l’a-t-il commanditée ? Corneille s’amuse à montrer Rome traitant avec des Etats qui exercent une fascination sur elle : César amoureux de Cléopâtre, mais, en même temps le vrai respect est entre Romains seuls. J’entends donc par « pièce coloniale » une pièce montrant l’impérialisme avec les autochtones, et résonnant ainsi avec la colonisation et la décolonisation comme avec les impérialismes français ou américain. Ensuite, il y a d’autres pièces où l’affrontement a lieu entre Romains et autochtones : dans Sophonisbe, Rome s’oppose aux menées de la reine de Carthage, Sophonisbe, et effectue des tractations assez louches avec certains roitelets numides. Mépris des Romains pour les Numides, résistance de la Reine – dont ils disent : « Un telle fierté devait naître Romaine » ! Dans Sertorius, le rapport colonial a lieu entre les Romains installés chez les Lusitaniens (Espagne et Portugal), Sertorius s’oppose à la dictature de Silla, il a installé un gouvernement provisoire « Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis. » Il est amoureux de la Reine de Lusitanie qui s’oppose à la colonisation romaine ». Son âme est donc torturée : il s’oppose à Rome, mais il a franchi un interdit en aimant une Reine étrangère. Il l’aime en outre sans arrogance ni mépris. Dans Suréna, enfin, il n’y a aucun Romain, mais on voit, dans ces pays qui viennent de conquérir leur autonomie complète, se déclarer des dissensions telles que le héros Suréna se fait tuer par le Roi, qui sait pourtant que Suréna est le seul rempart contre Rome, mais sa haine l’emporte sur une élémentaire prudence. Dans ce pays des Parthes, visé par l’impérialisme romain, Rome a été défaite, mais rôde encore tout autour.
F.R. Comme si Corneille se débarrassait tout à fait de Rome dans sa dernière pièce !
B. J.-W. Un instant de liberté seulement, parce qu’il s’y passe ce qui se passe aussi dans ces pays d’Afrique désertés par les Européens, et qui s’entretuent.
F.R. Reste Nicomède, la plus coloniale de toutes ! Celle dont Corneille déclare dans sa Préface : « Mon principal but a été de peindre la politique des Romains au dehors, et comme ils agissaient impérieusement avec les rois leurs alliés, leurs maximes pour les empêcher de s’accroître, et les soins qu’ils prenaient de traverser leur grandeur, quand elle commençait à leur devenir suspecte à force de s’augmenter et de se rendre considérable par de nouvelles conquêtes. »
B. J.-W. J’ai lié entre elles ces cinq pièces dans mon esprit, et, sur un temps étiré, j’en ai monté quatre. Reste la dernière, qui voit le jour à la Tempête en janvier-février prochains.
F.R. Pourquoi avoir hésité un temps à monter Nicomède ?
B. J.-W. J’aurais pu en effet commencer par celle-là. Parce qu’elle a un ton, un style, différents des autres pièces, même si les questions posées dans les autres y sont aussi présentes : mépris, arrogance à l’égard des peuples auxquels les Romains veulent s’allier. Impérialisme : « Tout fléchit sur la Terre, et tout tremble sur l’Onde,/ Et Rome est aujourd’hui la maîtresse du Monde. » ; ou : «… Qu’être allié de Rome, et s’en faire un appui / C’est l’unique moyen de régner aujourd’hui. » ; ou franc racisme : « Mais on ne voit qu’à Rome une vertu si pure,/ Le reste de la Terre est d’une autre nature. » Le style en est constamment ironique, ce qui me semble demander un traitement spécial. Corneille veut inventer un nouveau genre, une autre forme de rapport avec le public (même s’il l’appelle tragédie, et non tragi-comédie, titre qui tombe alors en désuétude), qui ne suscite ni la crainte ni la pitié, mais l’admiration. Admirer un héros capable de prononcer des paroles ironiques, cinglantes, au prix de la mort (dont le menacent et Rome et son propre père) : il en rit, il démonte à tout instant les stratagèmes romains et les complots de la Cour. Il est admirable, mais par l’ironie furieuse avec la quelle il accueille les menaces. Ainsi, ses sarcasmes à l’égard de son frère Attale, élevé à Rome : « Attale a le cœur grand, l’esprit grand, l’âme grande… » ; ou encore, à Laodice, à propos de Flaminius, l’ambassadeur de Rome, et en sa présence : « Vous a-t-il conseillé beaucoup de lâchetés, / Madame ? »
F.R. Mais tu craignais aussi des rapports trop évidents avec la politique actuelle.
B. J.-W. Je me suis dit que je voudrais expérimenter une mise en scène très contemporaine, et mettre en évidence la comédie à l’intérieur de la tragédie, lui donner une dimension grotesque, à la limite, carnavalesque, car le roi Prusias est un collaborateur grotesque (tel ce vers célèbre : « Ah ! ne me brouillez pas avec la République »), qui fait penser à Amin Dada, Mobutu, Ceaucescu, et qui songe d’ailleurs à tuer son fils. La marâtre Arsinoé est une espèce de prostituée, se livrant sans cesse à des manigances et à des complots, et qui tient son mari par le sexe seul. L’ambassadeur de Rome est un petit fonctionnaire haineux, jaloux, qui plastronne à tout bout de champ, un politique grossièrement raciste. Nicomède, avec un admirable panache, sans peur et sans reproche, à la fois très intelligent et un peu naïf, et Laodice, sa fiancée, sont des figures magnifiques, ce sont deux jeunes gens aimables au milieu de ces grotesques. Quant à Attale, le demi-frère de Nicomède, il est le type même de ces princes moyen-orientaux élevés par les Romains, romanisés, mais il va peu à peu découvrir son frère et devenir le défenseur de la Bithynie. Il fait penser à ces fils actuels de roitelets qu’on envoie à Oxford ou à Harvard. Je craignais donc que suivant une ligne « gauchiste », on identifie la résistance de Nicomède à celle de Saddam Hussein contre les Etats-Unis, à celle des Palestiniens contre les Israéliens. Je ne voulais pas m’embarquer dans cette voie, Nicomède est un héros de la justice, non de l’idéologie. Il est prêt à regarder à l’intérieur comme à l’extérieur de son peuple, à en dénoncer les corruptions. Ce n’est pas un Arafat (ni non plus un Che Guevara, ou un Lumumba). On peut bien se dire que rien n’a changé, une fiction comme Nicomède permet pourtant de mettre en place une machine, et de la démonter – ceci est assez brechtien –, elle ne vise donc pas seulement à l’identification. Le héros est trop parfait ( « mon bras, mon bras… », comme il dit sans cesse), en même temps il met à jour cette machine formidable, et surtout théâtrale. La machine l’emporte sur l’identification, et cette composition interne l’emporte donc sur les allusions éventuelles à une machination entre vilains Américains et bons Iraqiens.
F.R. Ce qui influera sur le mode de représentation ?
B. J.-W. Ce sera une machine de théâtre, dont tous les personnages joueront double jeu : une sorte de théâtre de la politique, où il faut à tout instant décrypter les enjeux, avec une véritable jouissance de certains personnages à mentir. Le théâtre dans le théâtre, mais pas dans le sens ordinaire : toute scène est mise en scène par Corneille lui-même comme une scène de théâtre, avec des coups de théâtre : la reconnaissance du frère au début, Arsinoé surprise de voir arriver Nicomède qu’elle a en réalité fait venir elle-même, etc. Un société du spectacle au sens strict : tout est mis en scène pour brouiller la réalité (comme on fait croire à tous que l’Airbus est bientôt prêt, et puis éclate l’affaire de l’EASD, etc.)
F.R. Donc, à la Cartoucherie !
…
B. J.-W. On pourra aller jusqu’à interrompre l’agencement des scènes. Je veux tout essayer. Le public sera assis autour du spectacle, très proche des acteurs. Les acteurs se mêleront aux spectateurs et leur montreront comment ils s’emparent d’un rôle et le quittent ; ils les inviteront à démonter la machine avec eux.
Toulouse, 7 octobre 2007.
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* « Corneille colonial » : 1983 La Mort de Pompée (1983, puis en 1993-4). Sophonisbe (1988). Suréna (1994-5) Sertorius (1996-7).
De Corneille, Brigitte Jaques-Wajeman a monté en outre : Horace (1989), La Place Royale (1991-2), L’Illusion comique (2004-5), Le Cid (Comédie-Française2004-5)
**Du 15 janvier au 17 février 2008, au Théâtre de la Tempête, Route du Champ de Manœuvre, 75012. Tél. 01 43 28 36 36. Puis à la Comédie de Reims du 13 au 21 mars 2008. Tél. 03 26 48 49 00.
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16.05.2007
STAGE conventionné AFDAS
La Compagnie PANDORA propose
L’alexandrin dans tous ses états
STAGE conventionné AFDAS
Dirigé par Brigitte Jaques-Wajeman
Intervenant : François Regnault, Pascal Bekkar, Jacqueline Lichtenstein
Du 3 au 28 septembre 2007
PROGRAMME
Note d’intention
Le stage que je propose concerne comédiens et metteurs en scène. Il a pour but d’expérimenter une approche contemporaine du théâtre du XVIIème siècle à partir d’une connaissance approfondie de la langue et du vers. Il s’adresse particulièrement aux personnes qui ont déjà une pratique de ce répertoire et qui désirent l’améliorer. Nous proposons aux participants de découvrir et d’interroger trois pièces de Corneille (Médée, La Place Royale, Suréna) et trois pièces de Racine (Andromaque, Britannicus, Phèdre). Nous travaillerons plusieurs scènes au choix qui mettent en jeu la confrontation du corps contemporain à l’alexandrin.
Le stage se déroulera du 3 au 28 Septembre, pendant 4 semaines, cinq jours par semaine, du lundi au vendredi de 13H00 à 19H00.
Afin d’avancer rapidement dans le travail, chacun aura lu au début du stage, au moins trois des oeuvres proposées.
On s'attachera la première semaine à découvrir les principes de la diction des vers, concernant en particulier les accents de vers, les liaisons directes et indirectes, et les différentes prononciations des "e" dits muets. On se familiarisera avec la structure du vers, les rimes féminines qui alternent avec les rimes masculines, l’inversion des verbes ou des adjectifs. On portera une attention soutenue à la langue, à la valeur donnée aux consonnes et aux voyelles, à la scansion, à la respiration du vers. On s'attachera à découvrir l'évolution du phrasé, ce qui a changé et ce qui se maintient aujourd'hui.
On réfléchira sur la forme « classique » et la fonction des fameuses règles des trois unités (lieu, temps, action), et comment on peut les utiliser aujourd'hui.
Au cours des semaines suivantes, on demandera aux stagiaires d'investiguer trois scènes du répertoire choisi. On expérimentera avec la plus grande audace, la plus grande liberté, tous les sens possibles des scènes telles qu’elles nous apparaissent aujourd’hui, en confrontant cette recherche contemporaine à la rigueur du travail sur le vers. On éprouvera alors l’extraordinaire puissance charnelle de l’alexandrin, on en vérifiera avec surprise les effets bouleversants.
Je serai accompagnée de François Regnault –écrivain, traducteur, ancien professeur au CNSAD et co-auteur avec Jean-Claude Milner de "Dire le vers" (Éditions du Seuil) ; de Jacqueline Lichtenstein, professeur à la Sorbonne et spécialiste du XVIIème, et de Pascal Bekkar - comédien et assistant à la mise en scène.
Par ailleurs nous proposerons à quelques acteurs (Philippe Demarle, Marie-Armelle Deguy, Éric Génovèse), qui ont souvent travaillé avec moi sur ce théâtre, de venir nous éclairer sur leur expérience et s’associer à nos exercices.
Le dernier jour, une présentation du travail aura lieu publiquement. Ce stage devrait pouvoir servir pour toute approche professionnelle de ce répertoire ; Les participants, comédiens et metteurs en scènes, en sortiront plus armés dans leur savoir et plus assurés dans leurs capacités de création.
Brigitte Jaques-Wajeman
INFORMATIONS PRATIQUES
DURÉE : 4 semaines
du lundi au vendredi
de 13h00 à 19h00
LIEU : La Boutonnière : 25 rue Popincourt 75011 Paris
CONDITIONS : metteurs en scène et comédiens ayant leurs droits ouverts à l’AFDAS, c’est-à-dire au moins deux ans d’ancienneté dans la profession ainsi que de 48 cachets répartis sur les 24 derniers mois.
Adresser un CV et une lettre de motivation à la Compagnie PANDORA
Pour tous renseignements relatifs au stage :
Compagnie PANDORA AFDAS
21 rue Poliveau 75005 PARIS 3 rue au Maire 75003 PARIS
Tél : 01 45 87 26 17 Tél : 01 44 78 39 39
Fax : 01 45 87 26 21
11:05 Lien permanent | Envoyer cette note
24.04.2007
L'Éventail de Carlo Goldoni
L'option facultative du lycée Claude Monet et la Compagnie Pandora présentent L'Éventail de Carlo Goldoni du 2 au 5 mai à 20h au lycée Claude Monet.
Tarifs :
Élèves : 4 euros
Adultes : 6 euros
Réservation au 01 56 61 90 30
Lycée Claude Monet
1, rue du Docteur Magnan
75013 Paris
12:35 Publié dans Partenariat | Lien permanent | Envoyer cette note
12.03.2007
Cycle Corneille sur France Culture
L'enregistrement de Suréna est disponible toute la semaine sur le site de France Culture.
16:46 Publié dans Spectacles | Lien permanent | Envoyer cette note
Édition de "La Chanson de Roland"
La Chanson de Roland, lecture-spectacle présentée le 20 mars 2005 à l’Auditorium du Louvre, devrait être édité en collaboration avec les éditions DROZ. Un CD audio accompagnera la traduction de François Regnault et Bertrand Suarez-Pazos.
16:40 Publié dans Spectacles | Lien permanent | Envoyer cette note
"Ténèbres" en tournée
Après le succés de Ténèbres de Henning Mankell, mis en scène par Brigitte Jaques-Wajeman à Théâtre Ouvert, le spectacle sera disponible en tournée au printemps 2008.
16:35 Publié dans Spectacles | Lien permanent | Envoyer cette note
31.05.2006
"Théâtre humeur sanguine" par François Regnault
Pour Elie Wajeman
Le théâtre. La Compagnie Pandora a maintenant son site.
On m’y propose, et je me le propose aussitôt à moi-même, d’y tenir régulièrement un billet d’humeur.
On sait quelles sont les quatre humeurs, appelées cardinales : la bile, l’atrabile, le flegme et le sang. D’où le bilieux, l’atrabilaire, le flegmatique et le sanguin.
Cela tombe bien., et je les prendrai au sens ordinaire.
Le bilieux de théâtre se fait du souci pour la compréhension de la pièce qu’il a écrite, sur la façon dont il a joué ce soir, sur la fréquentation des salles, sur l’avenir du théâtre, sur sa fonction morale ou sociale, sur le destin de l’art, sur la survie des rhinocéros.
L’atrabilaire amoureux du théâtre s’irrite comme Alceste – morbleu ! – de voir que le théâtre va si mal, peste contre la mauvaise représentation qu’il a vue la veille, s’en prend au football, à la télévision, à l’incompétence des pouvoirs publics, à la sottise de ses contemporains, à la couche d’ozone.
Le flegmatique se tient content de ce qu’au moins cinq personnes auront vu sa pièce, de ce que sa voix aura porté au moins jusqu’au cinquième rang, de ce que le mot théâtre est encore dans le dictionnaire, de ce que Jacques Chirac soit allé voir Line Renaud.
Le sanguin est toujours au premier rang, il bondit dans les loges après la représentation, il dîne avec les comédiens et les comédiennes, il les poursuit de ses assiduités, il aime le steak tartare.
Dans le fond de la Boîte de Pandora, il y a les quatre humeurs. Nous sommes parfois inquiets, furieux, insouciants, ou passionnés – pour le théâtre. Pour nous-mêmes, et pour les autres.
C’est une clinique comme une autre. L’autre clinique consisterait à être obsessionnel pour le théâtre, hystérique de ou du théâtre, pervers avec le théâtre, psychotique à cause du théâtre.
Ne cherchez pas, non, à faire coïncider les quatre humeurs et ces quatre catégories cliniques… Encore que rien de la psychanalyse ne fût étranger à Molière, morbleu !
Aujourd’hui, j’ouvre la Boîte : du sang rouge vif ! Aujourd’hui soyons sanguin!
Le sang rouge vif, c’est celui que je sens couler chez beaucoup plus de gens jeunes, qui ont le désir de faire du théâtre, que ne le croient les opinants. J’appelle opinants ceux qui vivent au régime de l’Opinion sur la question du théâtre, qu’ils soient professionnels de la Profession (on connaît l’expression de Jean-Luc Godard), ou Consommateurs intermittents. Ils pensent tous que le théâtre, vous savez, c’est fini.
Les jeunes gens de théâtre ont vingt ans à l’heure où je vous parle – allons jusqu’à trente – ils sont donc nés entre 1975 et 1985. Ils n’ont connu les événements de 1968 que par ouï-dire, par leurs parents, qui les avaient faits (les événements), ou par leurs parents qui ne les avaient pas faits. Ils sont donc nés dans le bouillon de la Culture, qui a quelques yeux (les yeux du bouillon) et pas mal d’œillères. « La soupe était froide, dit Zola, couverte d’yeux de graisse » ! (Humeur atrabilaire ?)
Ce qu’ils n’ont pu découvrir au nom de l’internationalisme prolétarien, au nom duquel nous jugions le théâtre (nous, c’est un peu moi et beaucoup de mes amis), comme par exemple Antoine Vitez, notre maître en la matière, ou au nom de l’Europe brechtienne – le fier triangle Allemagne, Italie, France – il faut bien qu’ils en fassent l’expérience intime.
Ils ont un peu voyagé, l’Europe aux « anciens parapets » – oh ! combien – de Rimbaud, leur est familière. Ils sont plutôt allés à New York qu’à Kathmandou.
Mais comme le théâtre n’a pas le vent en poupe (humeur bilieuse ?), il faut bien qu’ils l’inventent, tous seuls (ou presque), que faute d’aller au bout du monde, ils visitent au fond d’eux-mêmes cette « Lhassa souterraine » que Pierre Klossowski disait que Proust avait creusée en plein Paris pour faire son œuvre, au cœur d’une France revancharde, et faute de parcourir le monde.(Humeur flegmatique ?)
Ils ne s’arrêteront pas là. Il leur faudra aussi conquérir un monde, à partir d’un désir que toute demande sociale dément. Ces gens jeunes, fous de théâtre – et de cinéma – aujourd’hui, je suis dupe d’eux.
François Regnault
11:36 Publié dans Le Mot d'Humeur | Lien permanent | Envoyer cette note
30.03.2006
Les DVD des spectacles
La Compagnie Pandora archive chacun des spectacles qu'elle crée. Les DVD ou les VHS sont disponibles pour consultation à des fins pédagogiques, mais ne sont pas en vente.
Contactez-nous pour connaître les modalités de mise à disposition temporaire (cliquez sur "contactez-nous" en bas à droite).
D'autres spectacles sont également en vente. Voir les liens suivants :
Fnac (Viol, de Danièle Sallenave, au Théâtre du Rond-Point, 2003)
14:06 Publié dans DVD | Lien permanent | Envoyer cette note






